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Le premier congrès national de Jean-Thomas

paru le jeudi 28 avril 2016

J’ai abordé ce congrès national avec beaucoup de questions, peu d’attentes et même quelques inquiétudes. Qu’allait-on bien pouvoir faire durant toute une semaine ?
Aux collègues goguenards qui me prédisaient « une semaine de vacances à Grenoble », je ne pouvais que répondre que le congrès académique m’avait beaucoup intéressé et qu’il servait de préparation au congrès national… Je me disais quand même que ce genre de « grand messe » servait souvent de bureau d’enregistrement sous couvert de fausse démocratie.
Je me demandais surtout comment un congrès national pouvait participer à trouver des solutions aux soucis quotidiens des enseignants. Dans ce moment de difficultés croissantes, je craignais d’être déçu.
J’en étais encore là de mes interrogations lorsqu’au petit matin du lundi de Pâques, je retrouvai les camarades de la délégation bourguignonne.
Il y avait chez les habitués, un mélange de délectation euphorique, de motivation, et la mise en garde récurrente « c’est une longue semaine, il faut vraiment gérer la fatigue ». Dans le train ils se remémoraient les souvenirs des congrès passés sans que j’éprouve la moindre inquiétude quant à cette fatigue !
Un congrès qui regroupe près de 500 personnes venues de toute le France nécessite une logistique pour le moins impressionnante. C’est ce que nous avons pu constater dès l’arrivée. Après la fouille des bagages (état d’urgence oblige), l’enregistrement de l’arrivée de chacun, on nous distribuera les mallettes de congressistes.
A l’entrée de la salle des réunions plénières, je me retrouvai devant le plus grand open space que j’aie vu. Une table devant chaque chaise… la perspective de travailler était donc bien réelle, n’en déplaise à ces mêmes collègues toujours goguenards.
Après les discours introductifs protocolaires, les premières prises de paroles demandèrent à ce que le congrès participe à la manifestation organisée le jeudi matin à Grenoble. Lors du vote, l’approbation fut unanime. Lorsque l’on nous expliqua qu’il faudrait donc arriver dès 8 heures le matin et repartir vers 23h30 pour pouvoir tenir le programme, je compris que nous n’étions décidément pas là pour entendre des discours lénifiants. Effectivement, il allait falloir gérer la fatigue.
Les jours qui suivirent furent passionnants. Chaque délégation, chaque tendance du SNES était représentée dans chacune des quatre thématiques. Le travail en commission était très riche de discussion, voire de controverses. C’était aussi l’occasion de mieux comprendre que les réalités de terrain et donc les enjeux n’étaient pas les mêmes pour tous.
J’aurais vraiment aimé pouvoir montrer cette vigueur du syndicat aux collègues qui perdent confiance, ou à ceux qui pensent que le syndicat ne sert qu’à trouver des solutions à leur problème ponctuel.
Il y avait même, pour moi, quelque chose de revigorant d’entendre certaines prises de paroles que l’on pouvait juger extravagantes tant les demandes étaient extrêmes et pour tout dire, très éloignées de ce que l’on doit considérer comme des revendications crédibles. Mais c’est sans nul doute l’un des seuls lieux où ces positions sont audibles et débattues.
Nous portions tous des amendements, issus des congrès académiques, qui nous tenaient à cœur et que nous espérions voir intégrés dans le texte final du congrès.
C’était passionnant de voir comment les délégations prenaient contact entre elles pour mettre au point un amendement commun qui aurait plus de force s’il était soutenu par plusieurs académies. Il s’agit là de politique au sens le plus noble du terme.
Le travail des rapporteurs n’était sans aucun doute pas très simple d’autant que leur pragmatisme était parfois difficile à comprendre pour des militants qui pensaient que leur proposition était celle du bon sens. J’appris que la frustration pouvait aussi faire partie d’un congrès.
Lors du passage en plénière de chaque thème qui devait aboutir au vote final, la fatigue commençait à se faire sentir mais l’énergie déployée était toujours la même et de nouveau les débats furent intenses.
C’est rafraichissant et surtout remotivant de constater que l’on peut encore s’investir et se sentir investi d’une mission visant le bien commun. Cette partie du syndicalisme qui veut être force de proposition pour améliorer le sort des enseignants mais aussi réformer l’enseignement et au delà, porter une vision de la société, était à l’œuvre. On ne faisait pas semblant et malgré le contexte de dépression ambiant, je peux dire que nous y croyions.
Les interventions des représentants d’autres syndicats, en particulier de syndicats étrangers où le fait d’être militant, voire simplement syndiqué est une prise de risque prégnante, a remis en perspectives ce que nous considérons comme des difficultés pour nous. Cela m’a aussi permis de raffermir mes positions et de penser plus largement ce que représente le fait de militer dans un syndicat.
Lorsque nous nous retrouvions pour les repas, les moments festifs ou lors des trajets qui nous emmenaient et nous ramenaient de notre hôtel, la délégation de Bourgogne poursuivait les discussions (en tout cas, lorsque nous avons maîtrisé les transports en commun grenoblois). Au milieu de cette immersion, cependant, les problématiques académiques n’étaient pas absentes et les délégués S2 et S3 continuaient de prendre en charge les affaires locales. Cela me parut être un tour de force tant je me trouvais personnellement absorbé dans les questions qui nous étaient soumises. J’ai eu la chance d’appartenir à une délégation où nous avons pu échanger et où j’ai beaucoup appris.
Je retiens aussi deux moments forts de cette semaine :
D’abord la manifestation contre la loi travail, où le congrès a formé une part non négligeable du cortège. C’était aussi une forme de démonstration, si ce n’est de force, du moins de notre présence dans ce mouvement.
Le SNES a 50 ans et lors d’une courte commémoration de cet anniversaire, des intervenants sont revenus sur les premières années de notre syndicat. Il est parfois bon de se rappeler que les luttes ont toujours été difficiles à mener et que la victoire des revendications n’est jamais assurée. On a peut-être tendance à trop imaginer que le syndicalisme était plus facile à assumer naguère.
Les témoignages ont bien montré qu’il n’en était rien mais que la fermeté des convictions et la mobilisation étaient des leviers essentiels.
L’intervention de Monique Vuaillat (secrétaire générale du SNES de 1984 à 1999) a été un moment assez émouvant et fort en termes de vigueur et d’énergie.
Nous fûmes nombreux à nous dire que le militantisme était, au vu des intervenants, une source de jouvence impressionnante et enthousiasmante
Jean-Thomas Cardiel